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Diplômés de l'Université de Montréal

Revue Les diplômés

Sommaire du numéro - Printemps 2008

John R. Porter, un conservateur tourné vers l’avenir

Avec John R. Porter à sa tête, le Musée national des beaux-arts du Québec a fait son entrée dans le circuit des grands musées.

Mathieu-Robert Sauvé

John R. Porter

« Rien n’est impossible. » C’est ce que John R. Porter s’est dit quand il a pensé organiser une grande exposition Auguste Rodin pour relancer le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) en 1998. Il dirigeait l’établissement depuis cinq ans et tout allait bien, mais il lui semblait que le musée érigé sur les plaines d’Abraham n’était pas assez connu au Québec ni à l’étranger. Il fallait marquer un grand coup.

Pari tenu. Cette année-là, l’exposition Rodin à Québec a accueilli 524 273 visiteurs et engendré des retombées économiques de 56 M$ dans la capitale. Aucun musée dans le monde, ni le Louvre à Paris, ni la National Gallery of Art à Washington, ni la National Gallery à Londres, n’a fait mieux pour attirer la population. Chez nous, on a enfin cessé de parler du musée «de» Québec; le musée « national du Québec » était né! « L’exposition Rodin marque un point tournant de l’histoire du Musée, et c’est à John qu’on le doit », mentionne le maire de Québec, Régis Labeaume, un ami personnel. Ancien membre du conseil d’administration du MNBAQ, le maire a appris à apprécier les qualités d’entrepreneur culturel de M.Porter.

Toujours souriant, tiré à quatre épingles et affichant fièrement sa barbiche poivre et sel finement taillée, John R. Porter connait une carrière flamboyante et prestigieuse. Il a pourtant annoncé qu’il quitterait ses fonctions en juin prochain, ce qui en a surpris plusieurs. En entrevue, il précise qu’il restera à la tête de la Fondation du Musée pour contribuer à la réalisation du projet d’agrandissement qui lui tient à cœur (voir l’encadré) et il ajoute du même souffle qu’il n’a pas l’intention de prendre sa retraite, loin de là. « Je pars parce que je veux éviter de me répéter. Et je tiens à faire des choses différentes », affirme-t-il en nous regardant de ses yeux bleus pétillants.

Exposition Rodin

L’exposition Rodin a marqué un tournant pour le Musée national des beaux-arts du Québec.

Son bilan à la tête du MNBAQ après un règne de presque 15 ans est marqué par l’acquisition d’œuvres remarquables telles que l’Hommage à Rosa Luxemburg, de Jean-Paul Riopelle, de dizaines de toiles de Jean Paul Lemieux et de la collection d’art inuit Brousseau. Il a aussi augmenté les collections Fernand Leduc, Clarence Gagnon et Alfred Pellan, qu’on peut admirer dans une salle spécialement consacrée à ce peintre de Québec. Mais son meilleur coup est sans contredit l’exposition sur Rodin. Plusieurs sculptures du maitre français n’étaient jamais sorties de France? Qu’à cela ne tienne, il a mis les conservateurs européens de son côté. Les budgets prévus ne couvraient pas les besoins d’une telle ambition? Il a convaincu son conseil d’administration de placer dans ce projet tous les budgets de l’année financière, ceux des acquisitions, des expositions et de l’éducation. Et ça a marché! « Rodin a tout changé, mentionne Mario Béland, un ancien étudiant de John R. Porter devenu conservateur de l’art ancien au MNBAQ, qui le côtoie depuis 30 ans. Le personnel l’a soudainement adopté, reconnaissant en lui un patron visionnaire et dynamique. Franchement, il sera difficile à remplacer. »

Avec quelque 350 000 visiteurs par année, le MNBAQ est aujourd’hui un incontournable de la muséologie canadienne. « J’aurais bien aimé faire de la politique municipale avec John », soupire Régis Labeaume.

Passage remarqué à l’UdeM

Né à Lévis, John R. Porter a toujours été amoureux de la ville de Québec, à tel point qu’on se demande comment il a pu la quitter pour faire un doctorat à l’Université de Montréal, obtenu en 1981. « Son passage au Département d’histoire de l’art a été marquant », se souvient son directeur de thèse, François-Marc Gagnon, professeur émérite de l’UdeM et actuel directeur de l’Institut de recherche en art canadien Gail et Stephen A. Jarislowski de l’Université Concordia. « John a effectué une recherche remarquable sur le peintre Joseph Légaré, premier peintre paysagiste canadien, dont l’œuvre était peu connue jusque-là. Impossible, aujourd’hui, d’évoquer Légaré sans citer Porter. »

La contribution du directeur du Musée à titre d’universitaire ne s’arrête pas là. Il a beaucoup fait connaitre l’art ancien, notamment comme professeur titulaire à l’Université Laval, où il a décroché la première maitrise en histoire de l’art en 1972.

« Je n’ai jamais été “désagrégé” », dit-il en riant, évoquant son ancien travail de professeur d’université. Sa participation à la diffusion des connaissances en arts visuels se poursuit, même si le travail de directeur d’un musée national a ses exigences. L’une de ses dernières collaborations a consisté à produire un essai sur un ensemble d’œuvres de Camille Claudel. Tout récemment, il accueillait encore un groupe d’étudiants en histoire de l’art et en muséologie de l’Université de Montréal.

Comment arrive-t-il à tout faire? Avec de l’ordre et de la méthode, inspirés du travail de l’historien. Dans ses tiroirs reposent des notes sur chacune de ses journées passées ici, une synthèse des conversations téléphoniques avec des donateurs ou intervenants liés, de près ou de loin, au MNBAQ. Ses journées commencent et finissent à des heures normales, mais l’intellectuel hyperactif a trouvé des moyens d’être efficace.

Par exemple, ses articles et ses livres, il les dicte à sa secrétaire collaboratrice, Mireille Arsenault, qui les transcrit avant qu’ils soient peaufinés. Ça va plus vite ainsi! Quatre projets de livres l’attendent : des biographies du collectionneur Raymond Brousseau et de l’ancien directeur de Musée Paul Rainville, une histoire des collections du MNBAQ et une monographie sur le paysage au Québec.

John de père en fils

Il est cocasse d’entendre ce Québécois francophile parler de ses origines britanniques. « Notre famille vient de Burwell, près de Newmarket, dans le sud de l’Angleterre. On m’a baptisé John, le même prénom que mon père, que mon grand-père et que mon arrière-grand-père. » Il a peu connu son père, mort quand il avait 13 ans. Quand il annonce à sa famille qu’il veut être historien de l’art, il cause une certaine surprise. Mais, après avoir dirigé un établissement doté d’un budget de 13,6 M$ et qui fait travailler 130 personnes, John R. Porter aura brassé plus d’argent et encadré davantage de personnel que ses trois frères administrateurs réunis.

John R. Porter en compagnie de Régis Labeaume, maire de Québec; Josée Verner, ministre du Patrimoine canadien, de la Condition féminine et des Langues officielles;Lawrence Cannon, ministre des Transports, de l'Infrastructure et des Collectivités; Christine Saint-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec; et Philippe Couillard, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, au moment de l’annonce du projet d’agrandissement du Musée.

Homme de famille, il tient à avoir chaque dimanche, autour de la table, ses deux enfants (Isabelle, journaliste au Devoir, et Jean-Olivier, qui achève une maitrise en philosophie) et sa femme, Martine Tremblay. Après 33 ans de mariage, il l’appelle toujours « ma blonde » et semble amoureux comme au premier jour. Mme Tremblay, qui a longtemps été collaboratrice de René Lévesque et sa dernière chef de cabinet, est l’auteure d’un essai remarqué et remarquable ayant pour titre Derrière les portes closes : René Lévesque et l’exercice du pouvoir (1976-1985), un ouvrage dont son mari aura été le premier lecteur.

Affable et chaleureux, il ne cache pas avoir reçu plusieurs offres pour s’engager en politique. Il les a poliment déclinées jusqu’à maintenant, mais on sent qu’il n’a pas fermé toutes les portes. Lauréat de multiples prix et décorations pour avoir contribué à l’essor des arts et de la culture, dont la Légion d’honneur, l’Ordre national du Québec et le prix Gérard-Morisset, l’historien de l’art ne manque pas de projets.

À 59 ans, John R. Porter est à surveiller. Comme il le dit, sourire en coin, en citant Georges Clémenceau : « Quand on est jeune, c’est pour la vie. » 

Une contribution majeure au patrimoine du 21e siècle

John R. Porter

Plus de 33 000 œuvres qui témoignent de l’activité créatrice de 3775 artistes et artisans, cela demande de l’espace. Or, le Musée national des beaux-arts du Québec arrive à peine à exposer deux pour cent de ses objets d’art dans les locaux dont il dispose. D’où le projet d’un agrandissement majeur dont le cout total s’élèvera à 90 M$ et qui permettra notamment l’ajout d’une nouvelle aile de 8000 m2. Ce bâtiment sera érigé sur le site de l’ancien couvent des Dominicains, entre le musée actuel et la Grande Allée.

John R. Porter veut faire de ce projet une réussite exemplaire, tenant compte aussi bien d’une partie de l’héritage des Dominicains que de l’environnement des plaines d’Abraham ou de l’ouverture sur le quartier Montcalm : « Le Musée national des beaux-arts du Québec est le premier grand édifice public qu’un visiteur peut apercevoir s’il accède à la Vieille Capitale par l’ouest. Notre président, l’homme d’affaires et collectionneur Pierre Lassonde, veut faire en sorte que le nouveau bâtiment soit une contribution majeure au patrimoine du 21e siècle dans la capitale et que les Québécois en soient aussi fiers qu’ils le sont du château Frontenac! »

Dès qu’il aura quitté ses fonctions de directeur général du Musée, John R. Porter prendra les rênes de la Fondation du Musée et travaillera à réunir des fonds dans tout le Québec et même à l’extérieur pour concrétiser la participation du secteur privé à la réalisation de l’agrandissement, un apport de quelque 25 M$. Encore un beau défi à l’horizon! 


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