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Diplômés de l'Université de Montréal

Revue Les diplômés

Sommaire du numéro - Automne 2007

Michel Kelly-Gagnon, électron libre

Polémiste et orateur de talent, le président du Conseil du patronat du Québec, Michel Kelly-Gagnon, se révèle un leader politicoéconomique plus nuancé que le laissent entendre les grands médias.

Marie Lambert-Chan

Michel Kelly-Gagnon

No whining, affiche l’écriteau suspendu à la porte du bureau de Michel Kelly-Gagnon. « Défense de se plaindre », dans la langue de Molière. Pour le président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), un tel avertissement se veut, bien sûr, comique, mais aussi révélateur de sa philosophie de vie.

« C’est lié à ma croyance au libre arbitre, explique le jeune leader de 36 ans qui, détendu, avait troqué ce jour-là le complet et la cravate contre le jeans. Je crois que, malgré les aléas de la vie, il existe toujours un moyen de prendre en charge son destin. Cette vision a influencé mes positions politiques et économiques, ainsi que mon comportement. Je tente aujourd’hui de la partager avec mes concitoyens québécois. »

Maniant le verbe avec dextérité, Michel Kelly-Gagnon n’a pas ménagé ses efforts au cours des dernières années pour se faire le héraut de son crédo. Il a longtemps multiplié les interventions à presque toutes les tribunes à titre de président de l’Institut économique de Montréal (IEDM), un groupe de réflexion en matière d’économie libérale. Avant sa nomination à la tête du CPQ, il a tenu pendant un certain temps une chronique dans le journal Les Affaires, où il n’a jamais craint d’avancer des opinions controversées qui, désormais, semblent coller à la peau de son personnage médiatique.

Le nom de Michel Kelly-Gagnon est en effet spontanément associé à la promotion du non-interventionnisme étatique, de la libre entreprise, de la création de la richesse et de la baisse du fardeau fiscal pour les entreprises entre autres choses.

Celui qui se considère comme un franc-tireur, mais surtout comme un intellectuel libre et engagé, fait peu de cas de ces étiquettes. Tout comme il balaie du revers de la main les critiques qui lui reprochent de se prendre pour un spécialiste de l’économie, alors qu’il a fait des études de droit à l’Université de Montréal en 1993.

« Je n’ai jamais prétendu être un gourou de l’économie, déclare-t-il. Je n’ai jamais signé quelque recherche que ce soit à l’IEDM et toutes mes chroniques publiées dans Les Affaires étaient validées par des chercheurs. Ce qui est vrai en revanche, c’est que j’ai un beau talent de vulgarisateur. Deux Nobel d’économie, James Buchanan et Vernon Smith,
me l’ont d’ailleurs mentionné. »

Du théâtre à la pensée économique

Michel Kelly-Gagnon a appris les rudiments de l’économie de manière autodidacte. Il a eu la piqûre pour cette discipline notamment grâce au cours d’analyse économique du droit donné par le professeur Ejan Mackaay, de la Faculté de droit de l’UdeM. « Ç’a été assez fort comme déclic! se remémore-t-il. La pensée économique traduisait dans un langage scientifique et organisé mes intuitions et impulsions naturelles à propos de ma compréhension du monde. »

Michel Kelly-Gagnon

D’aussi loin qu’il se rappelle, Michel Kelly-Gagnon a toujours, d’instinct, privilégié l’individualisme et valorisé le travail. À l’adolescence, il mettait déjà en pratique son mantra voulant qu’on fasse sa propre chance. En dépit de l’allocation versée par ses parents, le jeune Michel cumulait des emplois relativement payants. Cependant, rien ne semblait le prédestiner à devenir un jour le patron des patrons.

Quand est venu le temps de s’inscrire à l’université, Michel Kelly-Gagnon se voyait monter sur les planches des théâtres et jouer au grand écran. « Selon mon père, c’était un métier de bourgeois, raconte-t-il. Je devais plutôt trouver un travail pour gagner ma vie. Ce fut la seule fois où mes parents ont fait pression sur moi. Le droit m’a alors semblé le moins mauvais des choix. »

Membre du barreau depuis 1994, Me Kelly-Gagnon a pratiqué le droit pendant quelques mois, sans véritable passion. Le changement de carrière s’est présenté de lui-même, quand l’avocat a eu l’occasion d’acheter 49 % des parts de Formatrad, une entreprise de formation, dont il a dirigé le développement commercial pendant trois ans.

Puis, inspiré par le modèle des groupes de réflexion américains, le nouvel homme d’affaires réfléchit à l’idée d’en instaurer un au Québec. Il s’associe donc à des gens désireux de relancer l’IEDM, qui avait alors davantage des allures de club social. En plus de son emploi, Michel Kelly-Gagnon consacre de longues heures bénévoles à remettre l’Institut sur les rails. Il accepte d’en devenir le président à temps plein en mai 1999. L’organisation telle qu’on la connait aujourd’hui ouvre ses portes le 1er juin 1999 et, en l’espace de quatre ans, son budget annuel passe de 125 000 $ à 1,5 M$.

Étrangement, même à cette période fort occupée de sa vie, le président du CPQ s’est toujours fait un devoir de fermer boutique le weekend venu. Bien que le travail soit pour lui une valeur importante, le dirigeant affirme n’avoir rien du bourreau de travail. À moins d’une crise, pas question de sacrifier le temps passé en compagnie de sa femme, une Québécoise d’origine péruvienne, et de leur petit garçon de un an, Gabriel. « Pour moi, c’est primordial de décrocher », dit-il.

« Libertarien » dans l’âme

Michel Kelly-Gagnon aime être à contrecourant et il tient à préciser à quelle enseigne politicoéconomique il loge. « La droite n’existe pas, soutient-il. Il y a “des” droites, par exemple la droite populiste à la Jean-Marie Le Pen, à laquelle je ne m’identifie pas du tout. Pour ma part, je suis de la droite “libertarienne”, qui est associée au courant de pensée libérale. » Cet amateur de philosophie politique se réclame de John Locke, Adam Smith, Milton Friedman et Friedrich August von Hayek.

« Si l’on réfléchit selon un axe gauche-droite, poursuit-il, on peut arriver à des raisonnements simplistes, comme cette recherchiste qui m’invitait à un débat sur la guerre en Irak en présupposant que j’étais pour cette intervention militaire parce que je suis de droite. Or, je la désapprouve complètement. »

Le pot

Les positions de Michel Kelly-Gagnon lui ont valu plus souvent le pot que les fleurs. L’exemple le plus frappant demeure l’affaire des groupes communautaires. À la suite de l’abandon du projet de déménagement du Casino de Montréal au bassin Peel au printemps 2006, le président du CPQ a soumis une lettre ouverte à des dizaines d’associations et de gens d’affaires par l’entremise d’une liste d’envoi interne.

Michelle Houde

Michel Kelly-Gagnon en compagnie de quelques membres de son équipe.

Il y présentait les groupes communautaires comme des « professionnels de la contestation » qui « nuisent carrément à la prospérité générale ». Des personnes du milieu des affaires ont refusé d’y être associées et la lettre fut finalement publiée dans une version expurgée.

Plus d’un an après cette polémique, Michel Kelly-Gagnon avoue que sa gestion des communications a été malhabile, mais fait remarquer qu’il n’a jamais changé d’opinion. Partisan du « choc des idées », il ne craint pas les mises en échec, la critique de ses idées, voire les débats où « l’on joue de l’insulte et du sarcasme », mais il ne tolère pas les attaques personnelles.

« Ça me fait quelque chose quand je sens que les gens ramènent le débat sur le plan personnel, s’attriste-t-il. Je me souviens d’une fois où j’ai été invité à une émission pour débattre avec un professeur d’université. À la fin de l’émission, je lui ai proposé d’aller prendre une bière. Il m’a regardé comme si j’étais Satan et il m’a répondu : “Jamais!” J’ai senti que, pour lui, j’étais le mal incarné. »

Électron libre

À 36 ans, Michel Kelly-Gagnon présente une feuille de route bien remplie. Que lui reste-t-il à prouver maintenant qu’il est à la tête d’un des lobbys les plus puissants du Québec? Un saut en politique serait-il au programme? Celui qui compte parmi ses amis personnels Stephen Harper et Maxime Bernier demeure sourd au chant des sirènes. « S’il fallait que je me lance en politique, on me retrouverait pendu dans mon bureau au bout de six mois. Le monde politique privilégie la notion de discipline de parti et je serais incapable de vivre avec cette obligation. En fait, je suis vraiment heureux quand je peux vivre selon ma propre philosophie, c’est-à-dire quand je suis un électron libre. » No whining.


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